Dante et les (néo)gnostiques : un lien évident ?

Résumé : Méconnu de ses contemporains, exilé, errant de villes en villes, supplanté par le pétrarquisme avant d'accéder à la gloire dont il était en quête, objet d'interprétations par trop contradictoires, apprécié au risque d'un malentendu par une Renaissance d'inspiration platonicienne au cours de laquelle peu ont fait montre d'admiration à son égard tant en Italie 1 qu'en Europe où, comme le rappelle Henri Hauvette 2 , son nom ne commence à se diffuser que grâce à l'afflux des Florentins à la Cour de France 3 , relégué au pâle rôle de sujet de discussions et d'interprétations par l'esprit académique et pédant des XVI ème et XVII ème siècles, étrangement considéré par les uns comme un ésotérique ou un hérétique, par les autres comme un chantre de la théologie, moqué et rapetissé (que l'on pense aux philosophes Saverio Bettinelli et Voltaire 4), passé au crible de la psychiatrie lombrosienne qui a réduit ses visions à de simples effets d'épilepsie, celui qu'on a pris l'habitude d'appeler tout bonnement Dante-tel un acronyme évocatoire d'une forme de Parole perdue, délaissée, substituée ou révélée-a traversé la longue nuit des siècles presque en solitaire pour nous apparaître aujourd'hui-grâce, comme nous le verrons, à sa récupération non par les humanistes de la Renaissance, mais par les mouvements romantiques-avec l'habit d'Immortel, sorte d'Académicien séculaire, universel et perpétuel, sur lequel poudroie (souvent abusivement) un certain (néo)gnosticisme d'inspiration historique et symbolique. Dante, ce (pré)nom évoque au contemporain quelque chose de profond, d'enfoui, d'énigmatique, qui traverse l'Histoire et des histoires. Dante, tant de fois évoqué par la modernité comme un souvenir sans cesse rappelé, n'est jamais le même Dante. C'est à chaque fois un Dante nouveau, réinventé, dont les nombreux commentateurs ont essayé de comprendre l'énigme et de percer les secrets de l'oeuvre maîtresse la Divine comédie, qu'on a dit être mystérieuse, voire gnostique, et qui a 1 Exceptions faites de Michel-Ange, Machiavel ou Galilée. Ce dernier, très attentif à la représentation de l'Enfer donnera deux leçons sur ce thème à Florence. Cf. Galilée, Leçons sur l'Enfer de Dante, Paris, Fayard, 2008. 2 Cf. Henri Hauvette. Études sur la « Divine Comédie », la composition du poème et son rayonnement, Paris, Ed. Champion, 1922. 3 On compte parmi les rares admirateurs Marguerite de Navarre, dont deux de ses oeuvres Le Navire et Les Prisons sont marquées par l'inspiration du poète florentin. 4 Sur l'opinion défavorable qu'avait de Dante ces deux philosophes, cf. Eugène Bouvy, « Voltaire et la critique de Dante », in Voltaire et l'Italie, Paris, Hachette, 1898. Bettinelli, un des grands adversaires de Dante au XVIII ème siècle, formulera son opinion dans ses Lettres de Virgile ; de son côté, Voltaire écrit dans son Dictionnaire philosophique : « Ce fut dans ces divers lieux qu'il composa sa Comédie de l'enfer, du purgatoire et du paradis ; on a regardé ce salmigondis comme un beau poème épique ».
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Contributor : Laurent Lombard <>
Submitted on : Saturday, June 8, 2019 - 6:50:36 PM
Last modification on : Tuesday, November 19, 2019 - 9:29:32 AM

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Laurent Lombard. Dante et les (néo)gnostiques : un lien évident ?. Points de Vue Initiatiques, 2015, 177, p. 79-88. ⟨hal-02151566⟩

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